de Sabrina Champenois.
Synopsis –
1984. À Appoigny, village de l’Yonne, Huguette, 18 ans, s’échappe de la cave d’un pavillon où elle était séquestrée depuis trois mois par un couple, les Dunand. Elle y a vécu l’inimaginable, commis par le mari mais aussi par des dizaines d’hommes. Huguette raconte qu’une autre jeune femme est encore prisonnière. La police mettra trois jours à se rendre sur place.
Les deux femmes ont un point commun : elles sont enfants de la DDASS. Leur disparition n’avait pas été signalée.
Lorsque le procès commence, en 1991, seuls les Dunand et un client sont sur le banc des accusés. Des documents sous scellés ont disparu. Des témoins sont absents, d’autres vont mourir dans d’étranges circonstances. La rumeur enfle : on parle d’un réseau, dans lequel seraient impliqués des notables locaux, on chercherait à étouffer l’affaire. Les présomptions redoublent d’ampleur quand éclate, en 2000, l’affaire Émile Louis, assassin de plusieurs jeunes pupilles de la DDASS.
La journaliste Sabrina Champenois s’immerge dans un dossier qui abonde en zones d’ombre et qui s’inscrit dans une région meurtrie par les nombreuses disparitions inexpliquées de jeunes filles.
Mon avis –
Les Suppliciées d’Appoigny, c’est le témoignage d’un département qui va mal.
En tant qu’Icaunaise, il fallait bien que je lise ce livre qui parle d’une série de crimes dont tout le monde ou presque a entendu parler et dont chacun a sa petite opinion.
C’est un peu une espèce de conversation qu’on peut avoir en repas de famille quand on parle de la région, comme ça, par hasard.
On y va tous de nos petits pronostics ou plutôt théories : « alors, Soisson, il était dedans ou pas ? » Et en réalité c’est un débat public et pas seulement privé.
Tout d’abord, cette histoire c’est aussi l’exemple parfait pour montrer que la justice peut parfois et le plus souvent ne concerner qu’une partie de la population. Et vraiment, toutes ces jeunes filles, qu’elles aient été séquestrées, torturées, violées ou tuées, ont été abandonnées par la justice.
Huguette et Michaëlla les premières. Par des circonstances bien fortuites, comme « par hasard », les documents qui pourront tout faire basculer sont « perdus » ou n’ont jamais « existé ». Mais enfin, qui peut croire ça ? À part certainement les avocats des concernés, Claude et Monique Dunand.
Ensuite, j’ai beaucoup aimé le parallèle avec l’histoire des enfants placés. Mon arrière-grand-mère elle-même placée dans l’Yonne dans diverses familles, mais parce que « trop bien traitée », on la changeait de famille. Elle a d’ailleurs été au Bon Pasteur à Sens pour la remettre sur le droit chemin.
Bref, les faits, et ce ne sont que les faits, pas des mensonges ou des extrapolations, montrent bien que les jeunes filles, quand elles venaient de la DDASS, étaient porteuses d’un handicap, ou vivaient dans la précarité, n’étaient pas ou peu considérées par la société et la justice. Au pire des cas, « c’est pas trop grave, personne ne s’occupe d’elles ».
Certains ont reproché au livre de parler d’Émile Louis ou de Fourniret, de mélanger plusieurs affaires et de ne pas parler que d’Appoigny. Mais en réalité, on ne peut pas parler d’Appoigny sans parler d’Émile Louis et d’Émile Louis sans Appoigny.
Les mécanismes sont les mêmes : s’en prendre à des jeunes filles sans famille, sans défense et ne pas se presser pour faire justice. La justice a été défaillante et ça en est révoltant.
Car oui, même des années après, l’affaire est d’actualité, des corps n’ont pas été retrouvés. Peut-être même qu’on n’est pas au courant de tout.
Et, oui, on ne peut pas oublier sa fille, sa sœur ou sa mère 20 ans après, sans savoir ce qu’il lui est arrivé.
Pour finir, je tiens à terminer en parlant de ce documentaire très juste et très précis « La Conspiration du Silence » sur France TV qui a fait un véritable travail chronologique, des témoignages divers et variés pour rendre hommage à toutes ces filles disparues…
